Influence de la médecine chinoise sur les pratiques de Qigong

Le Qigong tel qu'on le pratique actuellement est issu de multiples influences : taoïstes, confucianistes, bouddhistes, et aussi de la médecine chinoise. 

L'influence de la médecine chinoise se perçoit de plusieurs manières. Sans chercher à être exhaustif, voilà quelques éléments que je vous propose pour comprendre ces liens. 

Les systèmes-organes

D'abord, le lien entre le Qigong et la médecine se fait quand on parle d'organes. Ou plutôt pourrait-on dire de systèmes-organes, pour ne pas confondre avec les organes de la médecine occidentale. En effet, ces systèmes-organes incluent l'organe, mais aussi des tissus, des liquides, des émotions, etc. Par exemple le système-organe Coeur inclut l'organe coeur, le viscère intestin grêle, les vaisseaux sanguins, la sueur, la langue, le goût, la joie, etc. 

La pratique du Qigong peut donc se rapporter, si on appréhende les pratiques du point de vue de la médecine chinoise, aux systèmes-organes : 

- soit un enchainement complet agit directement sur un système-organe (Qigong du Rein, Qigong du Foie, etc. ) ou vise un objectif, comme la longévité, idée attachée au Rein. Par exemple la pratique des Trésors Taoïstes est aussi appelée Arts de Longévité : cela fait référence au Rein. 

- soit un mouvement permet de travailler sur un de ces systèmes-organes. Si l'on prend l'exemple des Huit Pièces de Brocart (Ba Duan Jin) , le premier mouvement "les deux mains levées soutiennent le ciel pour régulariser le Triple Réchauffeur"  agit donc sur le Triple Réchauffeur (San Jiao). Le deuxième mouvement, celui de l'archer, travaille sur le Poumon. Le troisième s'appelle "lever le bras agit sur la Rate", etc. 

Illustration des huit mouvements des Huit Pièces de Brocart

Les méridiens

Parfois, nos mouvements suivent les méridiens décrits par la médecine chinoise, et qui sont intimement liés aux organes. Les méridiens traversent les organes, les alimentent, etc.

Nous connaissons des mouvements où les mains suivent le trajet d'un méridien. Pour illustrer cela, prenons de nouveau les Huit Pièces de Brocart. Dans le mouvement "Aggriper les pieds pour tonifier les reins et les lombes", les mains se posent dans le dos de chaque côté de la colonne vertébrale, sur le méridien de la Vessie, et descendent jusqu'aux pieds tout en suivant le trajet de ce méridien.
D'autres pratiques, dans la même logique, agissent sur le méridien sans que la main n'ait de contact, ou un contact très léger. Citons par exemple le 2ème mouvement du Qigong du Poumon parmi bien d'autres. 

Ceux qui pratiquent des automassages agissent également sur le trajet des méridiens. 

 

Mais il n'y a pas que l'action !

Les exemples cités avant demandent une action sur le trajet d'un méridien. Toutefois la pratique du Qigong implique également l'Esprit, or par la concentration, la visualisation, le pratiquant peut agir sur l'énergie qui circule dans les méridiens.

Si vous connaissez la Petite Circulation Céleste, appelée aussi Orbite Microcosmique, vous avez là un exemple typique.
Par sa pensée, la personne va suivre le trajet des méridiens Ren Mai (appelé aussi méridien Conception) et Du Mai (méridien Gouverneur) qui circulent respectivement à l'avant du corps et à l'arrière du corps, sous forme d'une boucle, et va donc y faire circuler l'énergie. Ceci est un premier exemple d'une pratique à part entière.

 

Bien sûr dans d'autres postures ou mouvements, le fait que le pratiquant place son attention sur le trajet d'un méridien a le même effet. On le dit souvent dans les cours :"l'énergie suit l'intention". Repérons déjà que l'énergie suit l'attention ! Là où l'on place sa pensée, il y a donc un afflux d'énergie. 

Les points d'acupuncture

C'est ce même principe, cet afflux d'énergie, qui est à l'oeuvre quand le pratiquant de Qigong se concentre sur un point d'acupuncture. Que ce soit pour recevoir de l'énergie, créer un afflux, émettre de l'énergie, activer les fonctions d'un point, placer sa pensée en ce point ou agir dessus - comme pour les méridiens : un contact léger, une pression - . 

Les points d'acupuncture ont chacun une ou plusieurs fonctions, comme par exemple activer la circulation de l'énergie dans la zone où ils se trouvent, ou dans le méridien sur lequel ils sont situés, ou encore d'agir sur un système-organe, ou d'autres mécanismes de l'énergie. 

En Qigong, l'accent est aussi mis sur la faculté des points à nous relier à l'énergie qui nous environne. Ainsi nous ressentons et développons l'aptitude à capter l'énergie par le point Laogong (au creux des mains). 

Ces points, que l'acupuncteur localise précisément pour y insérer une aiguille et agir ainsi sur les mécanismes énergétiques de son patient, sont donc les mêmes que nous utilisons en Qigong. 

Parmi les 365 (!) points, certains vont être mis en avant en Qigong, parce que nous avons une action plus précise ou efficiente avec. Laogong a été cité, et BaiHui ou MingMen, tout comme YongQuan le sont dans un très grand nombre de pratiques.

Parfois nous réalisons des mouvements pour agir sur des points, sans prendre le temps de les localiser ou de les nommer.
Prenons les points Yuan, ou points source. Ce sont des points qui agissent directement sur les systèmes-organes (pour ceux situés sur les méridiens Yin) et sur les énergies néfastes, à expulser (pour ceux situés sur les méridiens Yang). Ils sont situés sur l'articulation de la cheville ou du poignet. D'où l'importance des mouvements faits par exemple avec les poignets : redresser la main, l'abaisser, faire une rotation du poignet, sont autant de mouvements qui vont agir sur ces points et donc, via leur stimulation répétée, vont activer voire relancer leurs fonctions.  

Energie

Le pratiquant de Qigong, par ses mouvements et son attention, est donc présent aux mécanismes énergétiques en lui. Evacuer les énergies néfastes - on les appelle énergies perverses - , se nourrir d'énergie positive - énergie droite - et la faire circuler. Tout ceci dans le but d'établir une circulation harmonieuse de l'énergie, et prolonger notre vie en bonne santé. Cela passe par des organes au sommet de leur forme, entretenus par les pratiques quotidiennement répétées ! 

Ceci est totalement conforme avec la vision de la médecine chinoise, et des actions du thérapeute : disperser les énergies perverses, tonifier ou nourrir les organes, faciliter la circulation de l'énergie. 

Ainsi présenté, le Qigong est la prise en charge de sa santé par la personne, alors que la médecine vient l'aider quand ceci n'est pas suffisant. Bien sûr, le Qigong a bien d'autres aspects, bien d'autres approches. Spirituels, entre autres, mais que l'on n'abordera pas dans cet article.

La médecine chinoise décrit plusieurs natures d'énergies qui oeuvrent en nous. Des pratiques de Qigong vont agir plus particulièrement sur l'une ou l'autre de ces énergies. Prenons l'exemple de Zong Qi, l'énergie première, produite par la combinaison de l'énergie issue de notre alimentation et de la respiration. Renforcer Zong Qi se fait tout seul via nombre d'enchainements, sans que le pratiquant n'y porte d'attention particulière. Ou bien porter son attention sur cette énergie Zong Qi devient un exercice à part entière : méditation, hygiène de vie, mouvements spécifiques ou, lors de pratiques plus globales, attention portée à la respiration. 

Le pratiquant de Qigong dispose donc, plus il avance et plus il cherche, de nombreuses ressources pour se comprendre et pour adapter ses pratiques à son état de santé ou à son état d'esprit. Ceci est intéressant, que les questions soient d'ordre physique (yin) ou émotionnel (yang), ces deux volets indissociables. En ce sens, se plonger dans les pratiques de Qigong et leur compréhension, est une voie d'autonomie, de prise en charge personnelle. 

Mode de pensée

Celui qui pratique le Qigong développe peu à peu de meilleures sensations sur ce qu'est son propre équilibre, pourtant remis en cause à chaque instant, et dispose de ressources pour repérer les écarts et se mettre en chemin pour retrouver la sérénité. 

La théorie du Yin-Yang dépasse de loin le cadre du Qigong, et celui de la médecine chinoise. Mais elle en fait partie intégrante, et sous-tend toutes les explications et les pratiques. Symbole même de l'équilibre toujours en mouvement, en transformation, Yin-Yang en équilibre, ou en déséquilibre, sont signe de bonne santé ou d'adaptations à réaliser. Ainsi un système-organe, un organe, un méridien, etc., que l'on repère en vide ou en excès, porte atteinte à l'équilibre de tout l'édifice ! 

Le mode de pensée développé dans la médecine chinoise nous aide à nous comprendre et ainsi, à adapter les pratiques de Qigong qui vont, sur du long terme, réguler nos énergies. Le premier cadre donné est celui du Yin-Yang, auquel il faut bien sûr ajouter la théorie des cinq transformations (souvent appelée 5 éléments), entre autres. 

 

 

Je suis convaincue pour ma part que la compréhension, rien que pour le vocabulaire, supporte et enrichit la pratique. La médecine chinoise nous invite à développer sur nous un autre regard, diférent du mode de pensée occidental. Et ce regard offre des éclairages riches, et des méthodes pour comprendre.


Au pratiquant de Qigong, alors, de se mettre en route ! 

 

 

 

Pour aller plus loin

- cycle d'ateliers-conférences "Comprendre . Apprendre . Intégrer"  

- Articles