Enracinement, de quoi parle-t-on ?

- Prendre racine ? 

- Non

- Pratiquer la posture de l'arbre ? 

- C'est un moyen, mais c'est pas tout.

- Etre terre à terre ? 

- Ah, euh, un peu oui mais si on en reste là c'est triste.

- Agrippé à la terre comme un coquillage sur son rocher ? 

- C'est trop fort, ça suggère une tension, contraire au relâchement. 

Voilà quelques-unes des idées que le mot enracinement peut suggérer. 

 

 

Mais pourquoi s'enraciner, quelles peuvent être les motivations à ça ?
Certains se sentent la tête dans les étoiles et ont besoin de "revenir sur Terre". De la même manière un métier intellectuel ou des pensées incessantes peuvent couper de la réalité de la Terre. Pour beaucoup l'idée est bien là : renouer avec la Terre.

Mais pourquoi ? D'aucuns expliquent qu'ils se sentent flotter, s'ils ne sentent pas ces racines. D'autres repèrent qu'ils ont oublié leur corps et qu'ils ont besoin de renforcer la perception de ce lien corps - esprit. Et d'autres encore parlent de l'émotionnel : s'enraciner pour se poser, pour calmer les émotions, pour s'apaiser et "ne pas monter dans les tours" ! Au contraire, être là, dans l'instant présent. Et enfin, ceux qui travaillent avec l'énergie (masseurs, thérapeutes, par exemple) le disent : ils ont besoin de l'énergie de la Terre pour équilibrer avec celle du Ciel. 

 

Alors comment fait-on ? Pour percevoir ce lien entre corps et esprit, pour nourrir le lien avec la Terre, et trouver l'apaisement dans une vie riche, pleine ? 
La voie que nous propose le Qigong est à la fois extrêmement simple et ... exigente. Parce que rien ne vient tout seul ! Et c'est la lente répétition de la même attention, du même geste, qui va peu à peu créer, prolonger et renforcer ces racines. 

 

Pour commencer, il s'agit de porter son attention à ses pieds. Souvent je propose de débuter les cours par ça : porter son attention à la plante des pieds. On le fait en se balançant légèrement d'avant en arrière, d'un côté et de l'autre. Parfois la rotation d'un pied tout en portant son attention à chaque articulation, ou à chaque muscle, ou à comment la plante des pieds se déroule, permet d'affiner les perceptions de ces pieds, assez peu considérés le reste du temps. 

Puis dans la marche (lente, celle de l'éléphant par exemple) , mettre toute sa présence au pied qui se remplit, et au pied qui à l'inverse se vide. 

Evidemment s'occuper des pieds permet de développer notre interface directe à la Terre puisque la plupart du temps nous sommes debout ou les pieds à terre. Mais aussi, en termes énergétiques, cette attention permet de faire descendre l'énergie : celle qui, le reste de la journée, a tendance à s'agiter dans la tête, voire à se bloquer dans le haut du corps à cause de mauvaises postures ou de stress dû à la pression du quotidien. 

 


Pour aller au-delà de cette première étape, il s'agit de porter attention à la zone lombaire. Dans le mouvement de bascule du bassin (rétroversion) le sens de la rotation fait avancer le coccyx et reculer les lombaires. C'est ce que Maître JIAN appelle "relâcher les lombaires" pour ouvrir MingMen. Ce mouvement fait disparaître la cambrure : ainsi le diaphragme peut bouger amplement, l'énergie peut monter dans la colonne, redescendre par l'avant du corps, ou inversement.

Revenons sur la cambrure : elle coupe le haut du corps, du bas. C'est le contraire de l'enracinement. Elle sépare le haut de ses racines, elle nous place dans la situation où on mobilise soit le haut, soit le bas, mais en ayant perdu le lien entre les deux, donc elle déracine. Pour éviter cela, limiter cette cambrure, la rétroversion du bassin en relâchant les lombaires vers l'arrière est une des clés. 

 

Une autre clé ? Le relâchement, justement. Attention, il ne s'agit pas de tout lâcher ! Relâchement n'est pas mollesse. C'est plutôt intermédiaire entre mou et tendu. Cela nécessite une présence sans dureté, dans tout le corps. 

La mollesse ne peut pas conduire à l'enracinement, puisque si une zone du corps est molle, il y a une tension créée ailleurs. De même une tension dans le corps va créer un déséquilibre, une faiblesse, on devient cassant, mais pas enraciné.

 

Pour avancer sur ce chemin il y a de nombreux exercices de Qigong. La première idée que je conseille pour en choisir est de veiller à ce que l'énergie aille vers le bas : donc tous les exercices qui mettent la présence dans le bas du corps, jusqu'aux lombaires. Ca fait déjà un gigantesque panel...

Et d'ici peu j'intégrerai dans l'espace En Mode Qigong une série de mouvements spécifiquement choisis pour insister dans cette direction. Pensez à vous inscrire pour bénéficier de l'information dès que ce sera disponible !